Le blog de Kouz

mardi, décembre 28, 2004

Honte et colère

Je suis vraiment trop cave ! Comment ai-je pu m'emporter comme ça, sans même réfléchir ? Pendant une semaine, j'ai été persuadé que c'était une sale menteuse, qu'elle s'était bien foutu de ma gueule avec ce sale type qui se disait mon pote. Je l'ai joué solitaire. J'ai vu personne, parlé à personne. En classe, je tirais la gueule et je ne répondais pas aux questions qu'on me posait. Dès que j'étais chez moi, je m'enfermais dans ma chambre pour ruminer. Quand le téléphone sonnait, je niais l'affaire. Pourtant, Sophie m'a appelé tous les jours après que je lui ai gueulé que c'était fini. Mais je voulais faire le fier, l'homme fort et sûr de lui.
Pascal aussi je l'ai baillé en bloc. Lui aussi a essayé de me joindre et de me parler à la school. Puis, hier, il est arrivé en classe avec un gros coquard sur l'oeil gauche. L'air penaud, il s'est dirigé vers moi.

- Euh, pour ce que je t'ai dit sur Sophie... euh...

Je ne voulais pas l'entendre. Je me suis retourné. Il a insisté.

- Tu vas m'écouter putain... sinon je vais me taper un deuxième oeil au beurre noir et j'ai vraiment pas envie.

J'avais remarqué qu'il s'était fait taper mais mon obstination l'avait emporté sur ma curiosité jusque-là. N'empêche que je voulais tout de même savoir.

- T'as pas l'air con comme ça... qui t'a fait ça ?

Il avait vraiment l'air gêné. Il s'est tapé un fard de la mort avant de m'avouer que c'était Sophie qui l'avait cogné. Quoi ? J'étais surpris. Une scène de ménage sûrement, lui dis-je. Toujours à la limite du pivoine, il m'a expliqué qu'il avait menti, qu'il ne s'était rien passé entre lui et Sophie et qu'elle était tellement en colère contre lui de m'avoir fait croire qu'ils avaient couché ensemble qu'elle lui avait tapé dessus comme un keum. Je me sentais vraiment bizarre. Soulagé de savoir que ma copine - enfin mon ex-copine - ne m'avait pas menti. Mais en même temps je me sentais honteux d'avoir douté d'elle et de l'avoir envoyé bouler. Et surtout j'étais encore plus en colère contre ce connard que j'avais en face de moi.

- Tu comprends, j'étais jaloux. De toi parce que je l'aime bien aussi Sophie. Et d'elle parce que t'étais plus jamais avec nous. Alors je sais pas, j'ai inventé ça. Je m'excuse.

Mais ses excuses ne faisaient pas descendre ma rage. Alors je lui ai égalisé le visage en lui faisant un deuxième coquard, de l'autre côté. OK, excuses acceptées. Une bonne chose de réglée.
Mais bon, maintenant faut que je l'appelle. Que je m'excuse, que je lui dise que je... que je l'aime. Et ça, ça me fait encore plus peur que de montrer mon bulletin à la mère.

mardi, décembre 21, 2004

Point de rupture

Aujourd'hui j'ai vraiment la vène grave ! Je suis furax de chez furax et je crois que je vais frapper quelqu'un. Vous aussi vous seriez en rage si vous aviez appris que votre copine, celle dont vous croyiez que c'était la seule, celle avec qui ç'aurait pu être exceptionnel, celle qui vous a fait oublier toutes les autres filles, vous avait menti. Je vous vois déjà sceptiques : elle a menti sur quoi ? Sur tout ! Enfin surtout sur elle et Pascal. On est sorti ensemble quelques semaines, rien de sérieux, qu'elle disait. Ça n'a pas été plus loin que des bisous, qu'elle disait.
Déjà que c'était pas facile de savoir que mon meilleur pote était sorti avec ma copine quelques mois avant moi sans que je le sache mais là... de savoir ça... ça m'écoeure, ça me dégoûte. Ils l'ont fait ! Ils l'ont fait et ils ne m'ont rien dit. Ni l'un ni l'autre. A l'époque, qu'elle ne me le dise pas, c'était normal, elle allait pas le crier sur tous les toits. Mais mon pote, celui avec qui j'ai tout partagé depuis le bac à sable. Mon soi-disant frère pour toujours. Il me l'a même pas dit. Il a gardé le secret et il me le balance en pleine figure aujourd'hui, par pure vengeance, juste parce qu'il est jaloux. Au fait, tu savais tout de même qu'elle et moi on l'avait fait ? Non ? Ben voilà, tu sais. Tu ne seras pas le premier parce que c'était moi. Fais le malin seulement. J'aurais dû lui en foutre une dans la tronche, tiens. Et elle, elle va m'entendre. Enfin, non, elle ne va plus m'entendre du tout, terminé, au revoir tout le monde, casse-toi ! Je veux plus la voir. Rien que de le savoir, j'ai l'impression de ne plus l'aimer. Elle m'a trahi. D'ailleurs je vais l'appeler maintenant et lui dire qu'elle peut aller se faire voir.

- Allo ?
- Allo Sophie ?
- Oui. Comment ça va mon coeur ?
- Mal...
- Qu'est-ce qui se passe ?
- Tu fais semblant de pas savoir, tu te fous de ma gueule en plus ?
- Hein ? De quoi tu parles ?
- T'as qu'à demander à ton ex, c'est un sale con mais il dit la vérité lui au moins.
- Pascal ? Qu'est-ce qu'il t'a raconté ?
- Il m'a tout dit, ce que vous aviez fait ensemble et que t'as pas osé me dire.
- Mais qu'est-ce qu'on a fait ensemble, tu me fais peur là ?
- Qu'est-ce que vous avez fait ensemble ? En plus tu nies, t'es vraiment culottée.


Je suis dans une rage folle, je ne maîtrise plus rien.

- C'est fini ! T'es qu'une salope et t'as qu'à aller te consoler dans les bras de ce sale con.

J'ai raccroché. Comme un chef. C'est moi qui l'ai larguée, je ne suis plus le dindon de la farce... Mais je viens tout de même de perdre Sophie. J'espère que c'était vrai au moins. Que Pascal n'a pas dit ça juste pour m'enrager. Merde j'aurais dû en parler avec elle avant de m'énerver comme ça. Putain, qu'est-ce que je viens de faire... ?

mardi, décembre 14, 2004

L'inflation

Vendredi soir, j'ai emmené Sophie au restaurant. Pas au McDo ni dans un snack à quatre balles. Dans un vrai resto avec des mecs qui viennent te servir à table et qui utilisent des mots qu'on entend jamais dans la restauration destinée aux jeunes. Enfin dans les fast-foods quoi ! S'il vous plaît. Et madame désire ? Je fais goûter à monsieur ? Vous avez encore besoin de mes services ? On en a rigolé pendant encore plusieurs heures après. Vous imaginez le type au Quick qui vous fait goûter le Coke. Voici notre cuvée 2004 ? Lol !
Ensuite on a été au ciné. Places, pop-corn, pralines glacées, j'ai pris la totale. On a rien vu du film vu qu'on a passé toute la séance à se rouler pelle sur pelle. J'ai même eu le droit d'avoir les mains baladeuses. Un droit dont j'ai usé avec parcimonie. Hé ! Parcimonie, vous kiffez ce mot non ? Ça veut dire « épargne minutieuse » d'après le Robert. En gros ça veut dire au compte-gouttes, sans gaspillage. C'est mon padre qui me l'a appris le lendemain de cette soirée fort douloureuse pour mon portefeuille. Vu que j'avais tout de même casqué 80 euros pour le resto, plus les places de ciné (à 7,5 euros sa mère. J'ai l'impression qu'il y a deux ans à peine ça coûtait 5 euros. Je flashe ou les complexes de cinéma ont augmenté leurs prix à mort depuis quelques années ?) et les pop-corn et tout, j'ai dépensé mon argent du mois en un soir. Je vais donc chez le père et je lui demande d'augmenter mon argent de poche mensuel. J'invoque la hausse des prix due à l'euro (merci Evelyne Thomas et Coûte que coûte), l'inflation, les loisirs de mon âge qui ne sont plus ceux que j'avais il y a trois ans - date à laquelle mon « salaire » a été fixé -, ma nouvelle condition d'homme casé qui doit assurer les dépenses de sa petite amie, etc. Après m'avoir laissé causer pendant presque une heure, le père me regarde et me dit : Ce n'est pas grave tout ça, tu n'as qu'à utiliser ton argent de poche avec parcimonie.
Hein ? Avec quoi ? J'avais pas compris mais j'avais bien capté que j'aurais pas d'augmentation. Donc je suis parti en râlant. J'ai tout de même été voir dans le dico ce que signifiait parcimonie. Mais bon, maintenant que je sais, c'est trop tard : j'ai plus une thune pour le mois.
Après avoir retourné tout ça dans ma tête, j'arrive à la conclusion que les femmes coûtent cher et qu'il faut également en user avec parcimonie. Je fais part de ma théorie à ma mère le lendemain. « C'est ton père qui a été te fourrer des idées pareilles dans le crâne. N'importe quoi ! »
De toute façon, je vais pas quitter Sophie parce que j'ai plus de maille. Surtout qu'elle a jamais demandé que je paie pour tout quand j'y pense !

mardi, décembre 07, 2004

Mâle dominant

Voilà, ça y est ! Je sors avec Sophie. Officiellement. On se donne la main devant les autres et on s'embrasse en public. On va au cinéma et on prend un pop-corn pour deux. On ne se quitte plus d'une semelle. J'ai trop bon : non seulement je suis avec celle avec laquelle je voulais être mais en plus je suis dorénavant auréolé par les autres garçons parce que je me tape la fille la plus cotée de l'école.
Du côté des mâles, je ne suis pas étonné : on jalouse toujours un peu le type qui sort avec la plus belle fille de l'école en même temps qu'on le vénère. Par contre, la réaction des filles me laisse perplexe. Depuis que j'ai affiché ma relation avec Sophie, je jouis d'une nouvelle réputation auprès de la gent féminine. Je suis rentré au panthéon des mecs qui font tomber les filles et donc des mecs à « se faire ». En effet, un garçon ne devient intéressant pour les meufs que quand il s'est tapé celle qui fait de l'ombre aux autres. Avant, tu n'existes pas. Après, te voilà devenu le nouveau Brad Pitt de la classe. Cherchez pas à comprendre.
Me voilà donc entouré en permanence de filles. Ce qui tue, c'est que ça ne fait que renforcer ma position dominante au sein du groupe des garçons et par conséquent dans celui des filles aussi. C'est comme un cercle sans fin, et je n'ai rien à faire d'autre que de me promener avec Sophie. Comme tous les mecs, je rêve de ce moment depuis que je suis en secondaire. Je fais désormais partie des « cools ». Non, mieux, je suis devenu le leader des « cools ». Mes potes me portent en triomphe - excepté Pascal qui ne digère toujours pas que je sorte avec Sophie mais ça va mieux entre nous tout de même, merci - tandis que les filles me collent au cul.
Najiwa par contre ne fait pas partie de ces filles-là. Elle m'évite depuis ma nouvelle « fonction » de leader à l'école. De temps en temps elle me jette des regards noirs, comme si ses yeux voulaient me fusiller sur place. Sophie, elle ne la regarde même pas, elle la dédaigne comme si elle n'existait pas dans son monde.
Pourquoi est-ce que ma joie, ma victoire sur la pénible vie d'élève adolescent asexuée doit-elle être ternie par la réaction des deux personnes qui me sont le plus proches ? Certainement parce que je ne mérite pas cette nouvelle place dans la hiérarchie inter-élèves et que j'en profite un maximum. D'ailleurs je sais que c'est temporaire. Soit je garde ma position de mâle dominant et Sophie m'enverra bouler lassée de se battre contre les autres filles, soit je renonce à cette vie de pacha. Normalement le choix ne devrait pas être difficile mais franchement... toutes les filles de l'école à vos pieds, vous laisseriez tomber, vous ?