Les filles sont encore plus violentes que les mecs. J'en ai eu la preuve la semaine passée. Je sais pas si je vous l'avais déjà dit mais je n'ai pas les mêmes options que Sophie à l'école. On se retrouve seulement dans la même classe pour les cours que l'on a en commun. Par contre, je passe 30 heures par semaine avec... Najiwa.
Alors que le cours de chimie - que Sophie ne suit pas avec nous - venait de se terminer, on attendait que les élèves des autres options nous rejoignent pour celui d'histoire. Comme vous le savez, depuis mon échec de Noël, j'ai besoin d'aide pour les formules, les isotopes et les molécules. Najiwa profitait donc de la pause pour m'expliquer deux-trois trucs. J'étais tellement nul que ça la faisait rire. Et elle a le rire communicatif. Nous nous esclaffions donc tous les deux sur ma piètre connaissance de Mendeleïev et de ses éléments lorsque Sophie débarqua dans la classe.
Ça ne lui a pas plu, mais alors là pas du tout, de me voir réviser avec Najiwa. J'aurais dû m'attendre à ce qui allait se passer, je savais bien pourtant qu'elle allait arriver pour le cours d'histoire. Mais je ne pouvais plus faire marche arrière ou nier l'affaire. J'étais en train de me marrer avec la fille que ma copine déteste. Je n'ai pas eu le temps de comprendre tout ce qui s'est passé au moment même. Ce n'est que maintenant, en l'écrivant, que je me remémore tout le tableau.
Sophie a chopé Najiwa par sa queue de cheval et l'a balancée par terre en l'injuriant de tous les noms. Elle m'a jeté le regard le plus noir que j'avais jamais vu avant de me gifler avec une de ces forces que j'en ai encore la marque maintenant. Puis elle s'est assise à la place de Najiwa, qui se relevait à peine, à côté de moi, et lui a dit : C'est mon keum, tu t'approches et tu le regretteras ! Puis elle a disposé ses affaires sur le banc comme si de rien n'était et m'a embrassé. C'était le silence complet dans la classe. Je me disais : Qu'est-ce que je fais ? Qu'est-ce que Najiwa va faire ? Je suis dans la merde.
J'ai vu la rage dans les yeux de Najiwa. Elle a lâché quelques phrases en indien qu'elle a été la seule à comprendre, même si on a tous bien capté que ce n'étaient pas des gentillesses, avant de s'avancer d'un pas décidé vers Sophie. Je crois bien que ma copine a été sauvée in extremis par l'arrivée du prof de maths. À la fin du cours, je suis parti avec Sophie aussi vite que j'ai pu afin d'éviter un second affrontement. Ces deux-là vont s'entre-tuer si ça continue. Il va falloir que je fasse quelque chose pour calmer l'affaire. Mais quoi ? Ah... les femmes !